Dans le quartier prioritaire de Saint-Éloi, à Poitiers, la boxe a pris la place d’un parking désaffecté et changé l’usage d’un espace laissé de côté. Ouverte en juillet 2025, la salle Nelson-Mandela accueille l’AF Boxing 86 dans un équipement financé avec le soutien du Fonds d’initiatives pour les quartiers de la Ville. Un an après, le club compte déjà plus de 130 licenciés, dont une quarantaine de femmes, et 40 compétiteurs. Ces chiffres témoignent d’un vrai démarrage, mais surtout d’un choix d’implantation décisif : quand l’entraînement se déroule au cœur du quartier, les jeunes ont moins d’obstacles à franchir pour pousser la porte.
En bref 🥊 : la salle mise sur l’accès de proximité, l’engagement et l’accompagnement autant que sur les résultats. Deux boxeurs ont remporté la Coupe Nouvelle-Aquitaine, tandis que le projet entend faire de la pratique sportive un levier d’insertion sociale, de cohésion sociale et d’égalité des chances — sans réduire la réussite à une médaille.
À Saint-Éloi, une salle de boxe née d’un espace oublié
Le projet a transformé un parking désaffecté, en bas d’immeuble, en lieu d’entraînement et de rencontres. Inaugurée en juillet 2025, la salle Nelson-Mandela est portée par la Ville de Poitiers, le bailleur EKIDOM et l’AF Boxing 86. Cette reconversion donne une fonction concrète à un espace inutilisé, mais sa valeur se mesure désormais à la régularité des activités et à la capacité du club à rester ouvert à tous.
La proximité n’est pas un détail logistique. Pour des jeunes qui n’ont pas toujours les moyens, le temps ou l’envie de traverser la ville, s’entraîner dans leur quartier peut faire la différence entre une inscription et une pratique durable. Nous voyons ici une idée simple, mais exigeante : l’accès au sport dépend aussi de l’endroit où l’on installe les équipements et de la qualité de l’accueil.

Une première année qui mêle pratique et insertion sociale
Avec plus de 130 licenciés, dont environ 40 femmes, l’association a rapidement trouvé son public. Le club rassemble des débutants et des compétiteurs, et l’encadrement ne se limite pas à transmettre des gestes : il s’agit aussi d’installer un cadre, des habitudes et des repères. C’est là que la boxe peut contribuer à l’insertion sociale, à condition que l’accompagnement suive les besoins des pratiquants et ne s’arrête pas à l’accès au ring.
La discipline impose l’écoute, la maîtrise de soi et le respect des règles. Ces exigences peuvent soutenir l’intégration et la cohésion sociale, mais elles ne remplacent ni les réponses aux difficultés scolaires ou professionnelles ni les moyens nécessaires à un suivi durable. La salle constitue une porte d’entrée ; sa portée dépendra de la continuité du travail mené avec la jeunesse et les partenaires du quartier.
Les résultats sportifs de l’AF Boxing 86 à Saint-Éloi
La première saison a également apporté des résultats tangibles. Lorenzo Omana, en 70 kg, et André Lepenay, en 65 kg, ont remporté la Coupe Nouvelle-Aquitaine. Ces succès leur ouvrent l’accès à la Coupe de France et au championnat de France novice : une étape importante pour deux boxeurs issus d’un club où une grande partie des adhérents découvre encore la compétition.
Au total, l’AF Boxing 86 compte 40 compétiteurs, un nombre notable pour une structure installée dans le quartier. Il serait toutefois réducteur d’évaluer la réussite du projet au seul palmarès. Les trophées donnent de la visibilité au club ; l’enjeu, lui, reste de permettre aux débutants de progresser et de faire coexister ambition sportive, accueil et engagement local. Les bases techniques comptent autant que le résultat, comme le rappelle ce dossier consacré à la technique en boxe et au combat.
La compétition comme horizon, pas comme unique objectif
Pour les jeunes qui s’initient à la boxe, la compétition peut donner un cap et renforcer la confiance. Mais tous ne deviendront pas champions, et le projet revendique une ambition plus large : offrir un cadre d’entraînement accessible et aider chacun à trouver sa place. Cette approche évite de confondre réussite sportive et réussite sociale, deux dimensions qui peuvent se nourrir sans se recouvrir.
Les parcours de Lorenzo Omana et d’André Lepenay montrent ce que peut produire un encadrement de proximité lorsque des pratiquants novices trouvent les conditions pour progresser. Pour les autres licenciés, la valeur de la salle se joue aussi dans la constance des séances, la relation avec les éducateurs et la possibilité de rester impliqués sans viser les podiums.
Boxe, égalité des chances et cohésion sociale dans le quartier
La présence d’une quarantaine de femmes parmi les licenciés donne une indication encourageante sur l’ouverture du club. Elle ne suffit pas, à elle seule, à démontrer que l’égalité des chances est acquise : encore faut-il garantir un accueil adapté, des horaires accessibles et une pratique où chacune peut progresser dans de bonnes conditions. Mais cette mixité au sein des effectifs élargit le visage d’un sport souvent associé, à tort, à un public uniforme.
Le pari social se joue dans ces détails quotidiens : se sentir attendu, revenir après une première séance, nouer des relations et prendre part à une activité collective. D’autres initiatives rapprochent la pratique du ring et la solidarité, comme le montre cet exemple de boxe associée à un engagement solidaire. À Saint-Éloi, la salle peut devenir un lieu de cohésion sociale si l’accès reste ouvert et si les liens tissés à l’entraînement trouvent des relais au-delà du club.
Un équipement neuf, mais un défi qui se poursuit
Le financement du Fonds d’initiatives pour les quartiers a permis de créer un équipement moderne à partir d’un lieu délaissé. C’est une avancée visible, mais l’inauguration ne constitue pas une politique d’insertion à elle seule : la pérennité du projet repose aussi sur les moyens d’encadrement, la stabilité des activités et la coopération avec les acteurs locaux.
La première année de l’AF Boxing 86 réunit déjà deux indicateurs forts : une participation importante et des résultats en compétition. Pour que ces acquis se traduisent dans la durée, le club devra préserver l’équilibre entre performance, accueil et accompagnement. À Saint-Éloi, le ring ouvre une possibilité ; c’est le travail collectif autour de lui qui peut en faire un véritable levier d’intégration.